Le hautbois est un instrument à anche double, en bois d'ébène ou de palissandre, dont le tuyau est de perce conique.
Ses origines semblent remonter à la plus haute antiquité, mais l'archéologie primitive se trouve toujours en présence d'instruments qui ont perdu leur embouchure, ce qui rend l'identification impossible. Il reste l'iconographie et la découverte d'une anche double en roseau datant de l'Ancien Empire, pour prouver que les instruments de la famille du hautbois étaient connus en Égypte plus de deux mille ans avant JésusChrist. Mais les ancêtres les plus directs de notre hautbois sont d'une part l'«aulos» des Grecs, qui devient la «tibia» romaine, et d'autre part le «zamr» égyptien.
De nombreux auteurs Grecs (en particulier Aristote et Aristoxène) ont laissé des descriptions détaillées de l'aulos à anche double (une variété à anche battante aurait été l'ancêtre de la clarinette; l'aulos à embouchure de flûte était appelé plutôt «syrinx monocalame»). L'invention en est attribuée, selon les auteurs, à un roi de Lydie (v. 1500), à Pallas, Minerve ou même Apollon. La tibia donne naissance à toute une famille d'instruments à anche double et perce conique, répandus dès le Moyen Age - chalumeau (ou «chalemie» ou «piffera», dont il existait une variété cylindrique à anche battante, ancêtre de la clarinette), «musette» (chalumeau muni d'un réservoir en peau de chèvre), «bombarde», «doucaine» (instruments graves de la même famille).
Le mot hautbois (orthographié haut-bois ou, au pluriel, hautx-bois) apparaît, semble-t-il, au XVe siècle. Les «hautbois du Poitou» dont Philippe de Commines raconte qu'ils furent appelés à la cour pour distraire la mélancolie du roi Louis XI, comprenaient chalumeaux, musettes, cornemuses et bombardes.
Aux XVIIle et XVIIIe siècles, les «hautxbois et musettes du Poitou» font partie de la musique de la Grande Écurie, aux côtés des «Grands hautxbois» (qui comprennent les bassons). C'est à cette époque seulement que le véritable hautbois apparaît à la cour de France. En dépit des perfectionnements apportés à l'instrument à sept trous (percement de nouveaux trous, augmentation du nombre de clefs, corps de rechange destinés à améliorer la justesse), le hautbois reste, jusqu'au début du XIXe siècle, bien imparfait.
C'est à l'école française qu'il doit sa perfection actuelle et en particulier à Frédéric Triebert, qui fut pour le hautbois ce que Boehm fut pour la flûte. De 1840 à 1878, il trouva la solution de tous les problèmes, établit le calcul définitif de la perce idéale et mit au point le système actuel de clefs, tringles, anneaux, correspondances (malgré les analogies, ce système est différent du système Boehm dont l'application au hautbois fut abandonnée).
Réservé d'abord aux fêtes champêtres, à la danse et à la musique militaire, le hautbois est admis dans l'orchestre dans la seconde moitié du XVIIe siècle (Pomone de Cambert, 1671).
A l'exception de Bach, qui utilise l'«oboe d'amore» (alto) et l'«oboe da caccia» (hautecontre, aujourd'hui cor anglais), les compositeurs classiques ne conservent de l'ancienne famille de hautbois que le «dessus», dont l'étendue est de deux octaves et demie.
HAUTBOIS D'AMOUR EN LA:
Instrument transpositeur, sonnant une tierce mineure plus bas que le hautbois naturel. Avec son bocal légèrement recourbé et son pavillon sphérique, il ressemble, en plus petit, au cor anglais. Bach l'a fréquemment utilisé et, de nos jours, Richard Strauss l'a introduit dans sa Sinfonia domestica et Ravel dans Boléro. A la famille du hautbois se rattachent de nombreux instruments traditionnels et populaires: «zourna» arménien, «sahnaï» indien, «ghaïta» berbère, « hautbois » malgache, « triple » et « tanora » catalans, et naturellement toutes les variétés de musettes, binious, cornemuses, bombardes, tant en France (Bretagne, Auvergne, Limousin) que dans les autres pays d'Europe.
COR ANGLAIS EN FA
Cet instrument, que l'on appelait aussi, au XVIIIe siècle, « oboe da caccia » est un hautbois alto en fa, qui sonne une quinte en dessous du hautbois ordinaire. Parmi toutes les hypothèses qui ont été avancées pour expliquer sa curieuse dénomination, deux sont à retenir :
1. Une confusion qui aurait fait traduire Englische Horn par « cor anglais » au lieu de « cor angélique » (vieil allemand). Cette hypothèse n'explique pas l'ancienne appellation italienne « oboe da caccia» (haut- bois de chasse).
2. L'analogie entre l'instrument du XVIIIe siècle et le « cor de chasse » anglais semi-circulaire
Les premiers « hautbois-ténors», apparus vers la fin du XVIIIe siècle, avaient une forme arquée qui s'accentua encore par la suite et ne fut définitivement abandonnée que vers 1870. Aujourd'hui, le cor anglais est un tube droit de « perce » conique comme le hautbois, dont il se distingue par son corps plus long et plus gros, son pavillon renflé en forme de bulbe et son embouchure ( ou « bocal ») légèrement recourbée. C'est, en somme, un grand «hautbois d'amour». Produisant avec le même mécanisme et le même doigté que le hautbois des sons à la quinte inférieure, c'est un instrument transpositeur.. C'est probablement dans le Dioclesian de Purcell (1690) qu'apparut pour la première fois dans l'orchestre cette variété de hautbois. Sous sa dénomination actuelle, l'Alceste de Gluck offre le plus ancien exemple de son utilisation au théâtre («corno englese» dans l'édition italienne de 1769).